Histoire de Motivation

motivation-150-cont-SepiaLa lecture de posts d’auteurs indépendants sur le thème de la motivation et de la valeur de leur écriture—peut-être en réaction à un certain cynisme extérieur relatif à la légitimité des écrits autoédités—m’a inspiré l’article qui suit.

Écrire une histoire, c’est créer un monde, un univers. C’est peut-être, en effet, l’écrivain qui se rapproche le plus de l’acte divin de création. Si l’on croit en un Dieu quelconque capable de créer des planètes, des minéraux, des plantes, des animaux et des êtres humains, on peut très bien comprendre que ces créations ne se sont pas faites d’un coup, que ce Dieu a procédé par tâtonnements, par essais et erreurs. Certaines espèces ont survécu, d’autres non. Ainsi l’auteur a-t-il bien le droit de faire, à son échelle, des essais, des erreurs, et de progresser dans la qualité de son écriture. Mais qu’est-ce qui motive un Dieu dans sa création ? On peut concevoir qu’une planète n’est rien de moins qu’une école servant à faire progresser la forme et la conscience de ses habitants : les pierres deviennent transparentes ou radioactives ; les lichens deviennent des roses odorantes ; les animaux sauvages découvrent l’amour de l’être humain et se transforment, avec le temps, en douces espèces domestiques ; les brutes épaisses deviennent des sages… Ne dit-on pas que l’écrivain doit avoir à cœur de faire évoluer les habitants de son roman ? S’il est vrai que les personnages n’ont pas d’existence réelle, ils ont néanmoins une existence d’exemplarité, ils représentent des vies par procuration qui influenceront les lecteurs. C’est ce que j’ai toujours à l’esprit lorsque j’écris une histoire. Je ne me pose pas la question de savoir si mon histoire va plaire ou non, parce que je me projette dans son monde avec tout mon être, je laisse le présent et les questions derrière moi, je laisse la terre sans regret, je pars explorer des univers intérieurs inconnus à la recherche d’un trésor que je convoite pour tous. Si la passion m’emporte et me fait oublier le monde d’où je viens, alors je suppose qu’elle emportera d’autres êtres, d’autres lecteurs. Si le monde que j’ai créé me fait vivre une double vie, alors il est possible que d’autres goûteront à cette réalité alternée avec autant d’intérêt. L’aventure ou la quête que représente la création d’une histoire n’est qu’une forme, un véhicule, qui doit aider l’auteur à découvrir quelque chose, sur lui-même, sur les autres, sur l’humanité. Il me semble important qu’il y ait ce souci de retour vers les autres. Si le lecteur nous fait confiance, nous avons, de notre côté, l’obligation de lui apporter quelque chose. Car je vois chaque lecture comme une quête, chaque lecteur comme un pèlerin plus ou moins conscient, qui cherche des réponses, et espère les trouver dans le livre qu’il acquiert. Lire un livre, c’est partir à l’aventure, prendre son sac à dos, mettre le pied au bord d’un promontoire et contempler le vaste horizon qui se révèle au soleil levant. Nous, les auteurs, sommes les pionniers qui avons tracé la carte. Nous ne donnons cependant que les indications à travers notre œuvre, car c’est dans l’esprit du lecteur que l’histoire prend forme réellement. Il n’y a ni décors finalisés, ni effets spéciaux, ni acteurs imposés. La lecture est une superproduction de l’esprit dont nous ne sommes que les scénaristes. Alors, j’ai envie de dire, pour tous les auteurs qui se questionnent naturellement sur la valeur de leurs histoires, sur leur motivation : laissez vos doutes derrière vous, ils ne font que vous ralentir, vous enchaîner. Vivez à fond vos histoires comme des histoires d’amour flamboyantes, larguez vos ancres, ne restez pas captifs de l’atmosphère, telles des montgolfières de l’imaginaire, mais devenez des fusées émissaires de l’humain lancées dans l’azur pour découvrir quelques merveilles cachées au fin fond de l’espace intellectuel. Qui sait, peut-être y découvrirez-vous des portes vers d’autres univers, peut-être que le pouvoir de votre concentration entrouvrira des interstices éclatants, qu’aucun homme ni femme prisonnier des contraintes et du rythme social n’aurait pu contempler autrement ? Allez chercher ce feu, et rapportez-le pour embellir la vie de ces êtres et les aider à croître vers plus de radiation, de beauté et d’amour. N’est-ce pas une motivation suffisante ?

 

© Cedric Bellissent — 2/10/2015

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