Autoédition ou édition classique (à compte d’éditeur) ?

Auto-edit-SepiaEtant auteur (déjà publié à compte d’éditeur en 2003 pour un ouvrage de réflexion qui n’est malheureusement plus disponible) en plus d’avoir travaillé quelque temps dans l’édition papier avec plusieurs casquettes, je vais essayer de développer un point de vue objectif, mais ce n’est pas gagné 🙂

Le sujet a plusieurs fois été traité dans différents blogs (voir par exemple les intéressants articles du souffle numérique), aussi vais-je me concentrer sur les questions qui me semblent les plus pertinentes.

– Si les maisons d’édition classiques ont refusé mon livre, dois-je persévérer et choisir l’autoédition (type KDP – Kindle Direct Publishing / Createspace par ex.) ?

Evidemment ! Si les réponses de ces dernières sont négatives il n’y a pas à hésiter, en tout cas si on souhaite vraiment publier son travail. Personnellement c’est ce que je ferai si rien ne marche avec les éditeurs ordinaires.

– Si les maisons d’édition ont refusé mon livre, est-ce que cela veut dire que je n’écris pas assez bien ?

Peut-être que oui, peut-être que non. Les motivations d’un éditeur pour publier un livre peuvent être diverses mais répondent tout de même à un guideline relativement stable. Les fondamentaux sont bien entendu de maîtriser correctement le langage dans lequel on écrit, d’avoir une syntaxe agréable, d’être capable d’exprimer sa pensée de manière claire et cohérente. Si on ne possède pas ces compétences de base, pourquoi chercher à écrire pour le public ? Si on les possède et que l’on est en plus capable de conter des histoires, de les rendre passionnantes, voire haletantes, d’être original, d’apporter quelque chose au lecteur, etc. alors on a les capacités requises. MAIS au final, c’est la valeur commerciale de cet ensemble, estimée par l’éditeur, qui tranchera (à tort ou à raison : les plus grandes maisons d’édition ont toutes laissé passer des talents, qui ont fini chez les concurrents). Donc, avant de vous fustiger suite à des réponses négatives, faites un check de ces fondamentaux et tâchez de trouver le point d’équilibre et le recul nécessaire.

– Si je m’autoédite est-ce que je ne me tire pas une balle dans le pied ?

L’argument classique est le suivant : l’autoédition peut signifier dans la conscience des lecteurs que l’ouvrage n’a pas reçu la validation d’un comité de lecture de professionnels, et donc que le produit ne sera pas à la hauteur d’un livre publié par voie ordinaire. D’où un a priori négatif pour l’achat. Soyons honnêtes : ce n’est pas totalement faux. En tant que lecteur je dois avouer que je suis parfois sceptique vis à vis des livres autoédités. Si je me fais l’avocat du diable, je peux dire que payer pour des élucubrations facilement mises en ligne par n’importe quel auteur autoproclamé a de quoi inquiéter un peu.

Solution : il faut que le lecteur puisse lever ce doute facilement. Pour cela :  1) il doit pouvoir lire quelques pages de l’ouvrage avant de l’acheter. 2) il ne faut pas que ce feuilletage soit payant pour lui, sinon ce frein à la consultation tuera simplement le marché.

En outre cet a priori peut être rationalisé :  si on a l’habitude de lire, on se rend compte que nombre d’ouvrages publiés par voie « officielle » sont mal écrits, mal corrigés, traitent des thèmes de peu d’intérêt ou cent mille fois rabâchés. Le créneau conventionnel de publication n’est donc pas un gage absolu de qualité, même si certaines maisons anciennement établies et bien ancrées dans la tradition littéraire française sont particulièrement attentives à la qualité des œuvres qu’elles retiennent. L’autoédition reflète donc inévitablement les deux aspects : des ouvrages de mauvaise qualité, et d’autres de bonne qualité, en diverses proportions. Il y aura peut-être plus dans l’avenir d’ouvrages de mauvaise qualité, puisque le contrôle littéraire sera restreint, mais il y aura également plus d’ouvrages de bonne qualité, puisque ces dernier échapperont au goulot d’étranglement des éditions classiques—créé par le manque de temps à consacrer à la pléthore de manuscrits reçus.

Un autre point positif en faveur de l’autoédition est que, sur une échelle globale, son développement contribue à enrichir le patrimoine culturel international en générant de la « noodiversité » (diversité intellectuelle) — même si celle-ci reflète inévitablement le Web qui lui sert de support : une énorme boîte dans laquelle certains envoient des trésors et d’autres leurs détritus… à chacun de choisir ses mots clés!

– Oui, mais le nerf de la guerre c’est la com ! Si je ne suis pas bien représenté sur la toile mon livre finira dans la solitude des pages jamais consultées.

Certes, la promotion est le principal avantage de la maison d’édition classique (à condition qu’elle travaille avec un bon diffuseur) et je pense que l’auteur publié normalement sera toujours gagnant de ce côté là.

C’est pour cette raison qu’il faut réfléchir collectivement à des moyens de diffusion des livres autoédités. Aujourd’hui les plans individuels réussissent de moins en moins, nous entrons dans une ère de grande interdépendance, nous avons besoin les uns des autres pour arriver à quelque chose (les grands groupes financiers ou industriels ont bien compris cela). Il faut donc réfléchir en pensant global, coopération, interdépendance et surtout liberté, car c’est une des caractéristiques de la toile qui permet de sauter bien des obstacles et d’obtenir des résultats étonnants.

Donc pourquoi ne pas lancer un concours d’idées pour aider à la diffusion des livres autoédités ?

Toutes les suggestions seront les bienvenues afin de trouver un système collectif qui profitera à tous.

Je réfléchis de mon côté et ne manquerai pas de partager ici le fruit de ces cogitations si ces dernières me semblent tenir la route.

SpiFiment vôtre.

Cedric Bellissent – 4/09/2015

 

 

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4 commentaires

    1. C’est tout à fait vrai, merci de le faire remarquer. Les attentes à rallonge des réponses des maisons d’édition, la tension psychologique qu’elles entraînent, les refus inexpliqués et les choix parfois motivés par des courants de pensée formatés, sont autant d’éléments qui peuvent donner envie de court-circuiter le système. Personnellement, je n’ai pas encore d’avis arrêté. Je continue de penser que les connexions médiatiques de certains éditeurs sont un atout fondamental pour un auteur, et peut-être plus particulièrement s’il cherche à faire de l’écriture un métier à plein temps. D’un autre côté, je ne peux m’empêcher de voir le monde actuel de l’édition comme un édifice qui ne pourra peut-être pas résister à la révolution en cours. Il est cependant clair, en ce qui me concerne, que si j’avais une réponse positive d’un éditeur, même en adhérant complètement au principe de l’autoédition, je ne la rejetterais pas par idéologie 🙂 L’important, me semble-t-il, étant de faire découvrir son travail au plus grand nombre de lecteurs possible, en marge de la question financière. J’ai cependant confiance en l’avis direct du public, et j’envisage tout à fait l’autopublication comme une démarche volontaire et non conditionnée, que j’associe un peu à un « référendum littéraire ».
      Nous sommes à la confluence des possibles : différents auteurs, différentes routes, différents destins. Nous verrons bien ce que l’avenir apportera.
      Merci pour l’adresse du blog « gribouillebook », qui semble effectivement aller dans le sens d’une bonne démarche collective pour les auteurs indépendants. Je l’ai ajoutée dans ma page de liens.

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  1. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis dit que l’édition classique était nécessaire. Puis je me suis tourné vers l’auto-édition, d’abord par dépit, puis par conviction et cela fait des années que je n’ai plus rien tenté côté édition classique.
    Outre la qualité de plus en plus médiocre de la production formatée des éditeurs classiques et les très bonnes surprises que l’on a dans l’auto-édition, la vraie raison est simple : l’autonomie. Citation : « publié à compte d’éditeur en 2003 pour un ouvrage de réflexion qui n’est malheureusement plus disponible ». Voilà déjà une excellente raison d’être auto-édité : l’auteur décide quelles oeuvres sont diffusées, où, quand, comment… Je n’hésite jamais à faire des expériences (streaming par exemple) parce que j’ai le droit de le faire. Parfois, j’ai de bonnes surprises et je persévère (YouBoox par exemple), parfois des déceptions et je m’arrête là.
    L’avantage de l’éditeur du point de vue de la promotion est cependant exact. Mais ***seulement*** pour les très grandes maisons qui peuvent imposer leurs ouvrages sur les tables des libraires. Les petits éditeurs ne servent à rien : ils n’ont aucune force commerciale, aucune part de voix médiatique.
    Et cela ne m’empêche pas de bien vendre sur les salons ou d’avoir des bouquins qui ne se vendent pas si mal en ligne.

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    1. Bonjour Pierre,
      merci pour ce commentaire. C’est certain, l’auto-édition par plateforme interposée (type Amazon) apporte plus de liberté et un meilleur contrôle des publications; elle permet également d’éviter de voir ses ouvrages finir au pilon quand un éditeur n’a pas sur faire son job de promo… En ce qui concerne les grandes boîtes, je pense qu’on a tous l’espoir de les voir s’occuper un jour de notre bouquin, et de lancer tambour battant plusieurs traductions aux quatre coins du monde 🙂 Mais comme, à ce qu’il paraît, elles prennent rarement de premiers romans, on en revient encore et toujours à l’auto-édition pour démarrer la machine (ce qui est précisément mon cas à ce jour). C’est sûr, c’est un travail de longue haleine; il vaut mieux avant tout écrire par besoin vital d’expression, et tempérer l’attente de résultats. Mais quand on met littéralement son coeur à l’ouvrage, on ne peut manquer de toucher celui des lecteurs, et de recevoir une juste récompense. C’est en tout cas ce que je crois, et ce que je souhaite à tous les auteurs indépendants!

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