Le pernicieux Facebook – Investigation d’Indé pour une communication de qualité

pernicieuxfacebook-1Le sous-titre est un peu ironique, on s’en doutera peut-être. Après avoir résolument écarté FB de ma vie pendant des années, parce que je n’en avais aucun besoin, j’ai finalement dû relever les manches et mettre la main à la pâte en raison de mon activité d’auteur. Facebook est-il un bon moyen de communication pour l’auteur indépendant ? C’est la question que je me suis posée pendant des semaines (et que j’ai inlassablement tournée, retournée et présentée à mes proches – à leur grand détriment).

      Une fois le design de mon compte finalisé, j’ai contacté quelques connaissances qui avaient plusieurs milliers d’ « amis » sur le leur. Les demandes d’ajout se sont multipliées sur ma page individuelle. Je ne m’y attendais pas trop. J’ai fait le tour des pages des personnes en attente et j’ai eu quelques surprises (les habitués de FB pardonneront ma naïveté) qui m’ont conduit à réaliser que la majorité de ces demandes était faite sans grand discernement, ou simplement par recherche d’audience des uns et des autres pour leur propre activité ou leur vie personnelle (vu que ma page était quasiment vide d’infos et donc sans réel intérêt pour qui que soit). Je me suis dit que si l’on était un éditeur multi-genre souhaitant toucher un grand nombre de personnes, on pouvait se permettre d’accepter n’importe qui sur un compte perso, ou de faire des demandes à tout un chacun, mais en tant qu’auteur aux ouvrages ciblés sur un thème particulier, c’était plus délicat. On peut en effet être rebuté par certaines demandes. Je citerais par exemple cette page dont la photo de profil était récemment passée d’une jeune femme plutôt attirante 🙂 à celle d’un homme d’une soixantaine d’années affalé sur son fauteuil :(, ou bien cet anonyme dont la page d’amis comportait essentiellement des liens vers des sympathisants du FN. Je suis pour la liberté de penser, et pour la mienne en particulier… il faut donc savoir faire des choix. Mais qui dit choix d’auteur, dit restriction du public en tant qu’éditeur. Conclusion, je me suis dit que le compte personnel Facebook n’était peut-être pas le meilleur moyen pour se faire de la pub, notamment parce que présenter un compte perso uniquement dédié sous toutes les coutures au dernier bouquin de l’auteur pouvait donner l’impression qu’il n’était là que pour pomper avidement du lecteur potentiel – j’allais dire « du client » –  dans les listes d’amis. Ceci dit, j’ai noté que si l’auteur était déjà relativement connu et implanté dans la sphère publique, cela ne me faisait pas le même effet en tant que visiteur, allez savoir pourquoi… peut-être ne pardonne-t-on pas, inconsciemment, à celui qui cherche à faire comme s’il possédait déjà une notoriété (on veut du vrai!). Je rejoins complètement à ce propos l’avis de Derek Murphy qui suggère en substance à l’auteur indépendant d’emporter d’abord l’adhésion de followers par la pertinence de ce qu’il dit plutôt que de commencer par construire une sphère médiatique offensive et artificielle autour de sa personne. Je ne vois aucun mal à démarcher des individus qui semblent en accord avec son sujet dans des listes d’amis (c’est aussi la raison de leur existence), mais attention à la méthode employée, elle peut desservir l’auteur. Je citerai pour exemple cette personne qui, après avoir fait une demande d’ajout que j’ai acceptée, me relançait dans la demi-seconde suivante afin que j’aille « liker » sa page auteur, pour un livre dont je n’ai même pas pris le temps de consulter le sujet, tant la démarche m’avait paru maladroite. Auteur, oui ; importun, non.

      La communication sur Facebook peut donc vite devenir un grand bazar, entre les demandes de tous bords, les comptes perso, les pages pro ou les pages de groupe etc. Il y avait à mes yeux nécessité d’organiser tout cela fin d’optimiser la communication. Ma conception d’une bonne communication tient en ces quelques mots: ne pas mélanger les flux d’information ; c.à.d. les orienter dans les bons canaux. J’ai donc décidé, au début, de suivre la démarche suivante : bien séparer mon compte perso de ma page pro « auteur ». Je partageais dans cette dernière des infos sur mon livre et sur les articles de mon blog, et je réalisais un filtrage serré sur mon compte perso (où j’avais clairement précisé les critères d’ajout dans le profil), ne répondant positivement qu’aux demandes de personnes qui publiaient sur leur propre page des sujets liés à des thèmes fondamentaux à mes yeux. Autant dire qu’il n’y avait plus grand-monde qui passait :). Malgré tout, quelques indomptables persistaient et continuaient à cliquer sur ‘ajouter’ sans même chercher à savoir qui ils ajoutaient, puisqu’un rapide examen de leur page trahissait l’absence totale d’intérêt pour les thèmes indiqués, et donc qu’ils n’avaient aucunement pris connaissance du profil – peut-être aussi parce que peu de personnes le remplissent.

      Honnêtement, je suis resté une bonne semaine sur cette position, comme un expérimentateur qui teste une théorie, parce qu’il ne comprend pas encore très bien le domaine qu’il aborde. Cette période m’a ramené à moi-même et m’a fait me demander ce que, dans cette foule d’individus tous différents et riches de leur propre expérience, j’avais réellement à apporter aux autres. Il a fallu que je me recentre correctement pour bien identifier ma ‘valeur ajoutée’, et pour me rappeler que c’est à travers mes livres, mes histoires, et la vision de la réalité que j’y présente, que je souhaite communiquer et toucher durablement le cœur des gens; et non à travers un système de communication qui peut très vite devenir addictif, superficiel et intéressé.  Avec le temps, j’ai cependant senti que ma démarche était trop rigide et allait à l’encontre de l’esprit même de Facebook, qui fonctionne selon des lois organiques et relativement fluides. Je suis donc revenu au point de départ, et plutôt que de fermer la porte à ceux qui n’avaient rien à apporter à mon moulin (appelons un chat un chat), je l’ai ouverte afin de permettre l’échange, de partager comme tout le monde quelques posts sympas et marrants, et de faire connaître incidemment aux uns et aux autres la page magazine sur laquelle je relaie la plupart des publications que je trouve vraiment pertinentes et utiles: ‘Conscience Hebdo’. En tant qu’auteur, les thèmes traités sur cette dernière page, tout en étant grand public, concordent avec ceux qui inspirent mes ouvrages ; je peux donc, à l’occasion, passer une info sur mon livre – qui devient pertinente dans ce cadre plus vaste – mais également présenter les ouvrages d’autres auteurs ayant écrit dans la même direction.

Ma structure actuelle de communication sur FB est donc la suivante :

– Un compte perso relativement ouvert : une interface conviviale pour la découverte mutuelle, avec un peu de publicité sur mes activités d’auteur.

– Une page Auteur clairement dédiée à mes publications (livre, articles, vidéos spécifiques, etc.)

– Une page Livre pour mon ouvrage, lequel peut être trouvé ainsi sans se rendre directement à la case « achat » d’Amazon, ou sans transiter obligatoirement par un blog d’auteur, d’un intérêt relatif tant que ce dernier n’est pas connu.

– Une page magazine, pour relayer au plus large les informations que je pense être importantes pour l’évolution de la société et de la culture.

– Et enfin, je place des liens entre toutes ces pages pour que chacun y trouve son compte.

      La conclusion pour un auteur indépendant ? Tout l’art consiste à savoir être présent mais pas envahissant sur FB, et apprendre à faire confiance à la dynamique spontanée des gens. Il faut de l’organisation, mais en gardant à l’esprit qu’on ne peut pas tout contrôler, même s’il faut filtrer un minimum ; pas plus qu’on ne peut objectivement passer son temps à lire toutes les impulsions anarchiques de communication des uns et des autres. Je dirais également qu’il ne faut pas perdre son âme dans la communication (c.à.d. faire de la com à n’importe quel prix). Il faut interagir de manière intelligente et mesurée ; garder à l’esprit que l’on communique avec des individus, des êtres humains, et pas des machines à ‘liker’ ; ne pas tomber dans la folie du placardage d’information à outrance autour de sa propre personne et de ses ouvrages. Il faut absolument apprendre à se discipliner et à optimiser, tout en restant souple et ouvert à la vie hyperactive caractéristique de FB, et surtout ne jamais oublier que la communication pour un auteur n’est qu’un moyen, pas une fin en soi. Il doit rester centré sur sa production littéraire et ne pas s’éparpiller. Sinon autant changer de métier et aller travailler dans une agence de pub (pour un bien meilleur salaire) ou, pourquoi pas… monter une maison d’édition !

© Cedric Bellissent – 29/04/2016

Note: comme mon avis évolue avec l’expérience, je retouche de temps en temps cet article pour qu’il reflète au mieux ma façon de penser et d’agir.

 

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